Déesses :
Freya = Frauja.
On identifie une statue trouvée dans l’Escaut et détenue
par le musée d’Anvers comme étant une représentation
de la déesse Freya. A Ypres, le mercredi de la seconde semaine
du carême, le « Kattawoensdag », on jetait des chats
du haut du beffroy en témoignage de la renonciation au culte
de Frauja.
" Woensdag-katten,
Duivels-katten ;
Roede-baert,
Duivels-aert "
Chats de mercredi,
Chats de diable ;
Barbe rousse,
Race de diable.
Frigg = Friggia.
Sur la commune de Assche il y a un bois nommé « Vrythout
» bois de Frigg.
L’herbe de Marie portait autrefois le nom de « Friggras
» et la ceinture d’Orion, nommée actuellement «
Marïenspinrokken » quenouille de Marie, était autrefois
appelée « Friggiarrocken » quenouille de Frigg.
Hell = Hellia.
D’après un poème flamand du 14°s, le chevalier
Tondal voit l’entrée des enfers « den pit der Hellen
» le puit de Hell. Au fond, une créature noire mi-humain
mi-animal avec une queue et mille mains. Ces mains sont symboles de
la faim dévorante de la déesse Hellia, tout comme certains
de ses attributs en Scandinavie expriment la même chose : son
assiette : Hung. ( faim.) et son couteau : Sult. ( famine.).
Le fait de devoir traverser un fleuve avant d’arriver
à son royaume est resté dans le langage populaire en Flandres
: naviguer vers l’enfer signifiait mourir.
" Ten ende vanden seven jaren,
Als hi ter helle most varen. "
Au bout de sept ans,
Quand il devait naviguer vers l’enfer.
Hellia était réputée ramasser les
âmes des morts qui n’accédait pas à la Valholl,
en Flandres cela se faisait dans un chariot : « den Zielenwagen
» (chariot des âmes) ou Hellewagen (chariot de l’enfer).
Un ancienne chanson flamande nommée « Van de hellewagen
» où Lucifer conduit le Hellewagen en y jetant les âmes.
On trouve encore en Hollande la ville de Hellevoetsluys (écluse
de l’entrée de l’enfer), un peu plus loin Ellburg
(château de hell) et même une des portes de la muraille
de Maesstricht encore existante est nommée : Hellepoort (porte
de Hell).
Les routes menant vers les cimetières portaient souvent le nom
de « Wegen tot Hellia » (chemin vers Hellia) et l’on
retrouve une Hellestraet à Sox près de buergues, Gand,
à Merkeghem, …
Près de Mardyk, canton de Dunkerque, deux fermes s’appellent
« den groot Helle » et « denkleine Helle » (la
grande et petite Helle). A Lennike, près de bruxelles, on trouve
un lieu nommé « Ten Helleken » (le petit enfer).
Les puits ou fosses de hellia « Helleput » ne sont pas moins
rares que les « Hellesrtaeten », comme celui de Termonde,
Pitgam près de Bergues, Wormhout près de Dunkerke.
On consacrait également beaucoup de fontaines et sources à
Hellia comme par exemple celle qui est connue sous le nom chrétien
de « Onze lieve vrouwe ter Helleborn » (notre-dame d’Helleborn.)
Les noms de lieux ne sont pas en reste non plus : Helderghem en Flandre
orientale, Hellebeek (ruisseau de Hell) en Brabant, Hélesmes
près de valenciennes, Hellemes près de Lille, Elesmes
près d’Avesnes, Helfaut près de St Omer.
Dieux :
Freyr = Freyer, Frô.
Il laisse le « rocher de Freyr » près d’Hastière,
la « grotte de Freyr » près de Dinant et la «
forêt de Freyr dans la région de Rochefort.
Odinn = Woden, Wotan, Woens.
On sait que les auteurs latins avaient pour habitude de plaquer les
noms de leurs divinités sur les noms des divinités locales.
Odinn fut dès lors comparé à Mercure comme le montre
Gaifridus Monemutensis, auteur du 12°s : « Colimus maximè
Mercurium, quem Woden lingua nostra appellamus. »
On retrouve une trace de l’adoration de cette divinité
dans la vie de St Willebrod : à son arrivée à Westcappel
en Zélande :
“Tot Westcappel dat hi quam,
Daer hy aenbedea vernam
Mercuriuse over enen God,
Dat beelde door ons heeren gebot
Brak hy, etc... “
Quand il vint à Wetscappel, il apprit que ses
habitants y adorèrent Mercure comme un dieu;
il brisa cette statue par ordre de Notre Seigneur.
St Amand, arrivant à Gand y trouva également
un autel dédié à Woden avant de le convertir en
un monastère dédié à St Pierre. St Materne,
partit pour évangéliser la région de Tongres y
trouva une statue de Woden, accompagnée de Thor et Freya. On
retrouve d’autres autels ou lieux sacrés dédiés
à Odinn à Anvers, Namur, Furnes (actuellement église
Ste Walburge) et Louvain (actuellement église St Michel.)
Dans le nord de la France, Woden fut adoré à Boulogne-sur-mer
à l’endroit où fut construite la « Tour d’ordre
». St Widoc renversa ce qui est identifié comme un culte
à Wotan à Groenberg (ville de Bergues) vers 685. Plusieurs
localités ont retenu, dans leurs noms, le passé religieux
: le Wonsberg (Colline de Woden) entre Cassel et St Omer, selon Grimm
Vaudemont (Mont de Wotan) en Lorraine. Ces autres lieux sont cités
également comme d’origine Odinique : Audencourt près
de Cambrai, Audignies près d’Avesnes, Audincthum près
de Fauquemberghe, Audighem près de Boulogne, Autingues près
d’Ardres, Audenfort, Audenthun près de St Omer, Autembert
près de Wierre-effroy où se trouve l’Hedensberg
(colline des païens), Authin près de Walhuon.
En Belgique, le nom de Woden se retrouve aussi dans Wodecq, Vodon, Vaudesée,
Vaudelée, Voneiche, Audingeseele.
Des forêts sacrées ont également gardé
des noms liés à Odinn : Wadogia entre Folembray et Crépy,
Vosagus de Wa-folt près de Noyon et la forêt de Wès
dans le Valois. En Belgique, on retrouve Hodinfosse près de Vielsalm.
En Flandres, il reste plusieurs traces du culte à
Woden : il est connu comme « Den verloren jagher » (le chasseur
égaré) menant la chasse sauvage lorsque soufflent les
vents d’hiver. La tradition flamande attribue un nom spécifique
à Odinn : Woens, venant de « woeden » signifiant
Fureur. Il était connu pour ses voyages mais il lui était
attribué un chariot en plus de son cheval : le Woenswagen
(chariot de Woden) ou « Himelwagen » (chariot du
ciel). Ce chariot était réputé recueillir les âmes
trépassées destinées à la vaholl. On connaît
les rapports qu’entretient Odinn avec l’ours de part les
berzerkir, en Flandres cela se retrouve aussi : les Flamands donnèrent
le nom de Woenswagen à la constellation de la Grande Ourse.
La tradition flamande connaît également un personnage issu
des bestiaires du Moyen Age : Brun ou Bruno que l’on peut rattacher
à Woden. Voici une comptine flamande qui met ce personnage en
scène :
“ Bruno heeft een koets gemaekt
Op vier wielen sonder veerdere,
Bruno heeft een koets gemaekt
Die alleen naar Brussel gaet.”
Bruno a fait un chariot
A quatre roues sans plus,
Bruno a fait un chariot
Qui va tout seul à Bruxelles.
Gaces de Brulle (Gace Brulé), troubadour champenois
du début du 13°s fait encore mention d’Odinn dans
une de ses chansons du recueil de poésir du Roi de navarre :
« … Gasses de ta mesestance mande en France Odinn por
Dieu que l’on dit voir … »
Thor = Thunar ou Donder
Dans la région de gand la coutume populaire veut
que l’on ne dise pas que la foudre est tombée sur un arbre
mais : « Op dien boom is een donderstten gevallen » Sur
cet arbre est tombé une pierre de Thor.
Les flamands de France disent aussi : « De donder
is gevallen » La foudre est tombée. Un grand orage se nomme
« Donderbui » humeur de Thor.
La joubarbe porte aussi un nom qui lui est relié : « Donderbaerd
» la barbe de Thor.
"Un dieu soloient aver
Qu’ils soloient Ture appeler,
Moult l’aimoient, moult se fioient,
Hommes vis li sacrifioient."
R. de Wace : "Roman de Rou"
Donder eu un autel à Tongres et plusieurs villes
sont issues de son nom : Thurnout et Toren dans le brabant, Thorout
et Donderberg en Flandres occidentale, Torembais et Torine dans le pays
de Liège et peut-être Tournai (Tornacum) dans le Hainaut.
Voilà pour la Belgique, le nord de la France est également
bien fournit : Tourcoing (Torcoing) dans le Nord, Torcy près
de Fruges, Torresquesne (chêne de Thor) près de Vitry,
Turne dans le Pas-de-Calais, Thury, Torigny, Tormont en Marquenterre,
Torsincourt dans la Somme, Tortoir, Turetot, …
On retrouve une forêt dédiée à
Thor dans les poésies de martin franc (15°s) :
« Va-t-en aux fêtes à Tournay,
A celles d’Arras et de Lille,
D’Amiens, de Douai, de Cambray,
De Valenciennes, d’Abbeville ;
Là verras-tu des gens dix mille,
Plus qu’en la forest de Torfolz »
En la ville de Gand, dans une rue anciennement appellée
Meerstraet se trouvait un grand édifice de pierre détruit
et remplacé par le Mont de piété en 1667. Cet édifice
se nommait « Den Dondersteen » (la pierre de Thor)
Tyr = Tys, Dis.
Au 16°s on retrouve encore à Anvers un « Disveld »
champ-de-Dis, appellation germanique des prés d’entraînement
des guerriers. Duisbourg près de Louvain semble être lié
à Dis. En ancien flamand, l’aconit est appelée «
Dyshelm » casque de Dis et un dicton populaire habituel dit «
Zoo daper als Dys » aussi prompt que Dys.
Heimdall = ? « White god »
?, terme utilisé à Gand jusqu’au 16°s.
Balder = Bolder, Balder. Primitivement,
le millepertuis s’appelait « Balder’s wenkbrauwen
» sourcils de balder.
Hoder = Hauder, Halder. Considéré
comme dieu ténébreux, contrepartie de balder.
Voici une sorte de ritournelle où apparaît
Balder et Halder. La symbolique des éléments présents
semble perdue et incompréhensible.
" Halder den Bolder
Liep op de zolder
Met zijn bek vol menschevleesch "
Halder et Balder
Courut sur le grenier
La gueule pleine de chair humaine.
Loki = Loke.
" Den duivel zaiet zijn haver " Le diable sème
son avoine.
Pour comprendre ce proverbe, il faut savoir qu’en vieux flamand
le fol avoine ou avoine sauvage se nommait : « Lokeshaver »
avoine de Loki. On retrouve le même proverbe au Jutland.
Dans la chanson de Roland, le « génie du mal » est
nommé « Loquifer » :
" … dit Loquifer : de ça vous
ai vu ;
Relinquis Deu, le malves roi Jhesu,
Et si aore Mahomet et Cahu."
En gros, le démon sous le nom de Loquifer engage
à renier le christianisme.
Sources : « De la religion du Nord
de la France avant le christianisme » Louis De Backer. Lille 1854
