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"La vision est le centre de notre tradition.
La raison la plus importante pour implorer la vision
est que cela nous aide à réaliser notre unité avec
toutes les choses,
à comprendre que toutes ces choses sont nos parents."
Hehaka Sapa (Elan Noir)
La pierre angulaire de la société Lakota
(Sioux) est un des sept rites majeurs de leur tradition. L’Hanbleyapi
(la quête de vision) dépassait de loin tout honneur guerrier
ou social qu’un, ou une Lakota pouvait espérer.
Lors de la puberté, tous avaient le devoir de partir en recherche
de la communication avec les êtres sacrés, car pour vivre
de manière sacrée il faut un esprit, un pouvoir. Il faut
un guide personnel qui permettra à chacun de trouver son propre
sentier.
Dès que le besoin de conseil s’en faisait sentir,
l’être pouvait alors recommencer son imploration et obtenir
un aide. Crazy Horse, chaman-guerrier, s’y adonnait plusieurs fois
par an, été comme hiver.
Ce pouvoir s’exprime sous la forme d’animaux
en rapport avec le domaine précis de réalisation du dit
pouvoir. Mais ce pouvoir n’est pas tel que l’occident peut
l’interpréter. Il n’y est pas question de puissance
ou de rapports hiérarchiques mais bien du fait de pouvoir, d’avoir
la capacité à faire ou à être. Un être
humain sans vision est un être sans "pouvoir" ni vocation,
il est fermé au monde des esprits qui devraient le guider
"Même une fourmi sait quel est le dessein
de son existence,
seuls les êtres humains en sont arrivés à ne plus
savoir pourquoi ils existent.
Ils ont oublié la connaissance secrète de leur corps, de
leurs sens et de leurs rêves."
A.K. Coomanaswany
Pour accomplir la quête de vision il fallait avant
toute chose s’adresser à un homme " sacré",
un shaman, le Wicasa Wakan, sous peine de s’attirer le malheur.
L’implorant commettrait probablement une faute du fait de sa méconnaissance
du protocole de communication à employer avec les esprits.
Voici un texte retranscrivant les conseils tenu par un homme sacré
à l’implorant :
"Tu désires chercher une vision.
C’est une affaire grave. Tu ne dois pas entreprendre cela par simple
curiosité.
Tu dois le faire selon les formes que nous allons t’enseigner.
Tu dois trouver un lieu élevé où personne ne viendra
te déranger.
Tu dois prendre avec toi beaucoup de tabac et une pipe.
Tu dois prendre avec toi une bonne médecine, que nous te donnerons.
Tu dois prendre avec toi une couverture.
Mais tout le reste doit être laissé derrière toi,
sauf un pagne et des mocassins.
Quand tu te seras ainsi préparé, va à l’endroit
que tu as choisi.
Quand tu y seras, ôtes-en tout être vivant.
Ce lieu doit être assez grand pour que tu t’y assoies ou t’y
étendes.
Quand tu l’as nettoyé de toute chose vivante, tu dois placer
les rubans wakan,
l’un à l’Est,l’autre à l’Ouest,
l’un au Nord et un autre au Sud,
à l’endroit que tu as préparé.
Quand tu as terminé cela, tu dois y pénétrer
pour chercher une vision.
Tu ne dois pas dépasser les limites de cet endroit, ni parler à
personne,
homme, femme ou enfant, jusqu’à ce que tu aies obtenu la
vision,
ou jusqu’à ce que tu saches que tu n’en auras aucune.
A partir du moment où tu auras pénétré en
ce lieu, tu devras méditer
seulement sur l’obtention d’une vision.
Tu dois invoquer les esprits en leur adressant des paroles
ou des chants de manière révérencieuse.
D’abord, tu dois faire une offrande de fumée. Offre-la d’abord
à l’Esprit de l’Est,
puis à l’esprit de l’Ouest,puis à l’Esprit
du Nord, puis à l’Esprit du Sud.
Quand tu offres la fumée à l’Esprit de l’Est,
demande-lui de t’envoyer une vision.
Attends et médite un moment et si l’Esprit n’envoie
pas de vision,
appelle alors l’Esprit de l’Ouest de la même manière.
S’il n’envoie pas de vision, appelle alors
l’Esprit du Nord, puis l’Esprit du Sud.
Si les Esprits ne t’envoient pas de vision,
offre alors la fumée à l’Esprit de la Terre et appelle-le.
Si aucune vision ne t’est envoyée par cet Esprit,
alors tu peux invoquer l’Esprit du Ciel, le Grand Esprit.
Mais n’offre pas de fumée au Grand Esprit avant d’être
sûr
que les autres Esprits ne t’enverront pas de vision.
Quand tu offres de la fumée au Grand Esprit,
tu dois être debout et lever ton visage vers le ciel,
et quand tu as offert la fumée, tu dois incliner ton visage vers
le sol.
Après cela, tu ne dois lever le regard sur rien,
jusqu’à ce que tu aies obtenu une vision, ou abandonné
la quête.
Si tu as sommeil, va dormir, car peut-être la vision te viendra
en rêve.
La vision peut te venir sous la forme d’un homme, d’une bête,
d’un oiseau,
ou sous quelque forme inconnue.
Ou elle peut te venir seulement comme une voix.
Elle peut te parler de façon que tu en comprennes le sens,
ou d’une manière incompréhensible.
Si tu as fait quelque chose que les Esprits n’aiment pas, tu n’auras
pas de vision.
Si tu sais que tu as fait quelque chose de la sorte,
mieux vaut que tu ne recherches pas de vision, car tu n’en auras
pas.
Ne te décourage pas quand tu recherches une vision,
car les Esprits peuvent attendre longtemps avant de t’apporter une
vision.
Quand tu as eu une vision, n’appelle plus les Esprits,
mais reviens vers nous et nous te dirons sa signification.
Tu dois être sincère et véridique, tu ne dois pas
nous dire que tu as eu une vision
alors que tu n’en aurais pas eu car, si tu le fais,
nous pourrions te conseiller des choses que les Esprits ne veulent pas,
et ainsi te causer un grand tort."
Sachant qu’il ne pourra ni boire ni manger pendant
tout ce temps, l’implorant choisit la durée de sa quête,
période qui pouvait s’étaler sur un à quatre
jours. Pour dormir, il devra garder sa tête posée sur la
perche centrale d’un abri creusé dans le sol et recouvert
de quelques branchages. A l’intérieur, le sol est recouvert
de sauge purificatrice et l’implorant doit entrer en rampant dans
ce trou juste à ses mesures.
Ainsi, du creux de la Terre-Mère il sera en contact
direct avec le Grand-Père-Ciel.
Les visions obtenues sont plus puissantes que les rêves ordinaires,
plus réelles, elles sont un don du Grand-Esprit pour tous ceux
qui cherchent avec un cœur pur. Quand l’être qui cherche
une vision reçoit cette communication, il est impératif
d’obéir à ce que les esprits demandent, sous peine
de les retrouver contre lui. L’obtention d’une vision allait
de pair avec l’obtention d’un grand pouvoir. Le corps s’est
ouvert à la puissance du monde Wakan, le monde de l’invisible
et des esprits. La puissance sacrée insuffle à l’humain
un esprit, un pouvoir pour connaître et appliquer son destin. Pour
autant, l’obtention d’une grande vision et de son pouvoir
ne permettait pas son utilisation immédiate. Avant de pouvoir vivre
cette vocation particulière il faudra la matérialiser en
y faisant participer le peuple tout entier. Hehaka Sapa mis en scène
les deux visions majeures qu’il eu en utilisant des frères
de loge comme figurants principaux et en demandant au peuple de participer
à cette reconstitution. Tous se déguisèrent et se
peignirent de bon cœur, chacun respectant par là son propre
pouvoir qu’il symbolisait.
" La force du bras et du cœur, avec toute
la sagesse, ce n’est pas assez…
L’humain doit avoir le secours d’une grande visionqui le conduise
droit,comme la corde de l’arc envoie la flèche,
une vision qui rassemble en lui tous les pouvoirs de son peuple."
Enseignement du père de Crazy Horse à celui-ci
Selon l’être wakan qui lui confère ce
pouvoir personnel, la vocation de l’humain va se dessiner et il
pourra alors se rattacher à un culte regroupant les rêveurs
ayant reçu leur pouvoir du même esprit. Car toute vision
procède du personnel, de l’individuel mais également
du général, impliquant ainsi le peuple tout entier, et permettant
alors à l’être d’avoir conscience de son unicité
particulière et de sa place au sein de sa société.
Ensuite, il pourra oeuvrer à la place de sa société
dans le monde extérieur. Chaque culte avait ses propres pratiques,
comme les chants et les danses, ceci dans le but de mettre en œuvre,
pour la tribu entière, les visions particulières. Puisque
ces visions étaient des communications divines, une importance
spéciale était accordée à leur réalisation.
Les principaux cultes étaient Mato, qui rêvent
de l’Ours, Sinte Sapela, qui rêvent du Daim, Hehaka Ihanblapi,
qui rêvent de l’Elan, Tatanka Ihanblapi, qui rêvent
du Bison. D’autres loges avaient des vocations plus guerrières,
tel les Tokalas, rêvant du Renard et formant une société
de maintien de l’ordre et de la sécurité du camp.
Parmi ses membres, certains portaient une écharpe ventrale sacrée
et longue de quelques mètres.
En cas d’attaque du camp, ils la fixaient au sol à
l’aide d’une lance en faisant le vœu de ne pas bouger
de cet endroit tant que le peuple ne serait pas en sécurité.
La société du Loup, Sunkmahetu, avait une vocation plus
guerrière et offensive, utilisant les qualités du Loup dans
la stratégie guerrière.
" Je suis un renard, je suis censé mourir.
S’il y a quelque chose de difficile,
quelque chose de dangereux à accomplir,
c’est à moi de le faire."
Chant de la société du Renard
Ensuite, des loges d’anciens formaient des groupes
en rapport avec le vécu de chacun. La vision perdait de son importance
mais les actes accomplis grâce à son pouvoir prenaient le
devant de la scène. La société Lakota toute entière
était organisée en fonction de cette quête personnelle,
permettant ainsi à chacun de trouver la place pour laquelle il
était né et ainsi trouver un sens à son existence.
- Trudulf -

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