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Filles
d'Arduinna

Belgique
d'antan

Feux de la
Saint Jean

Les Limodjes

Fossa

Jour de l'an
médiéval

 

 

 

Si chez nous les «Grands Feux» ont lieu avant et au début du Carême, une autre tradition les situe le 21 juin et ils sont appelés « Feux de la Saint-Jean », bien que la fête de saint Jean-Baptiste soit le 24 juin. Cette coutume remonte bien avant le christianisme : c’étaient des feux de joie allumés, dans l’Antiquité, au solstice d’été, c’est-à-dire au moment où le soleil est à son zénith et donc où le jour est le plus long. Qu’ils soient de Carême ou de la Saint-Jean, ces feux de joie ont été regardés avec réticence par le clergé qui y voyait des occasions de festivités licencieuses. Mais la jeunesse a conservé de cette antique tradition une curieuse coutume : les jeunes gens, main dans la main, devaient sauter trois fois au-dessus du brasier en faisant un voeu.

La coutume des feux de joie remonte sans doute au temps où l’homme vivait encore dans des cavernes et où le feu avait une valeur essentielle ; mais ils étaient surtout des fêtes communautaires. Car dès les origines, le feu a été considéré comme un des quatre éléments fondamentaux avec la terre, l’eau et l’air, qui sont ensemble base de toute vie. Le rôle du feu est souvent double : c’est le dualisme du bien et du mal, base de toutes les religions, qui est représenté dans le feu, à la fois dangereux et utile, ami et ennemi, protecteur et destructeur.
Pour l’homme primitif, le feu domestique fait vivre : il permet de cuire les aliments et de fumer les viandes pour les conserver ; il protège des bêtes sauvages; sa fumée sert de signal, donc de moyen de communication entre tribus. Mais, sauvage, le feu tue et détruit tout sur son passage…

Dans la mythologie grecque, Prométhée possédait le feu et en était le gardien pour les autres dieux ; mais il estima que les humains y avaient droit aussi, c’est pourquoi il détourna le feu de Jupiter et l’apporta aux hommes. Pour cette trahison, il fut déchu, enchaîné sur le Mont Caucase et fut libéré plus tard par Hercule. Le feu était l’apanage des dieux mais devint le symbole de la promotion des hommes et de la civilisation.

 

 

 

 

 

Par cette puissance divine et par la chaleur qu’il dégage, le feu est considéré comme fécondant : c’est la force que Zeux-Jupiter tire de la foudre. Et l’âme, principe vital, serait de feu : ne dit-on pas des feux-follets que ce sont de petites âmes en peine ?
Ces conceptions de la valeur du feu expliquent la large diffusion du rite de l’incinération, pratiqué dans de nombreuses religions et encore actuellement en Inde.
Elles expliquent aussi la naissance de la métallurgie et l’usage des feux traditionnels : la bûche de Noël, les brandons des feux de Carnaval, les feux de Carême et ceux de la Saint-Jean, qui devaient assurer la fertilité des campagnes et de leurs villages.(les cendres des prairies et taillis furent d’ailleurs longtemps le seul engrais connu)
Et là, nous revenons à nos grands feux traditionnels, symboles de joie et de lumière. Ils sont encore la survivance du vieux culte païen du feu purificateur et de la lumière. Dans l’antiquité, on allumait des feux de joie à l’équinoxe de printemps (21 mars) pour marquer le retour de la lumière et au solstice d’été (21 juin) pour le jour le plus long, l’Eglise chrétienne a fixé à cette date (ou à peu près) la fête de saint Jean le Baptiste, celui qui a annoncé la venue du Messie, Lumière du monde. Les feux de la Saint-Jean sont donc la continuation de la fête antique du soleil et ils sont toujours pratiqués notamment en Grèce et en Alsace. Fête de la lumière, le feu est aussi symbole de purification et de désinfection : au Moyen Age, lors des épidémies de peste, on brûlait maisons et linges des malades. Le feu purifie l’air mais aussi l’esprit : l’air et l’esprit peuvent être peuplés de démons, de mauvais esprits et c’est par le feu qu’on faisait disparaître les sorcières (or la perche centrale du grand feu est appelé li sôrcîre).

Mais il touche aussi à d’autres coutumes ancestrales : c’est toujours la Jeunesse qui l’organise car, dans les siècles passés, la Jeunesse constituée avait un véritable rôle social. Le groupe de jeunes, commandés par un Capitaine de Jeunesse, organisait les festivités, protégeait les jeunes filles du village lors des bals, organisait les enterrements, mais aussi, il faisait la chasse aux maris et femmes infidèles en organisant sous leur fenêtre des « charivaris » dénonciateurs, et contrôlaient le mariage d’une jeune fille du village avec un jeune homme d’ailleurs : elle devait payer une sorte de «rachat» à la Jeunesse, en dédommagement de la perte subie par le village.

Les grands feux touchaient aussi au dualisme, une opposition entre mariés et célibataires : dans certaines régions, les mariés essaient de retenir le char portant le bois du bûcher, tiré par les jeunes : il y a les saqueûs (tireurs) et les astoqueûs.

 

 

 

 

 

Pourtant, après ce jeu opposant les deux groupes de la communauté, ce sont les derniers
mariés qui allumeront le bûcher : signe de réconciliation et tous danseront ensemble autour du bûcher.

Enfin, le feu est aussi lié à l’amour : ne dit-on pas «brûler d’amour», ou «déclarer sa flamme» ? Souvent, c’est à l’occasion du Grand Feu qu’on annonçait les prochains mariages et même autrefois il marquait le début d’une période de « mariage à l’essai » : après avoir sauté ensemble au-dessus du feu, les jeunes gens vivaient quelque temps en ménage : il semble que cette coutume a repris vigueur de nos jours ! On ne se rend pas toujours compte de l’antiquité de nos coutumes : elles n’en ont que plus de valeur !

- Jean Romain -