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La Limodje est un phénomène très
particulier, limité à un petit coin de la vallée
de la Sambre, entre Presles et Fosses. Le type le plus primitif semble
être celle de Haut-Vent :Kairis en parle déjà en
1858 mais elle est déjà alors d’une grande antiquité,
sans doute déjà sous l’Ancien Régime, on
ne peut lui donner une date d’origine. La Limodje est constituée
d’une fourche de bois dont les pointes figurent les cornes d’une
bête indéterminée, recouverte d’un drap sous
lequel se cache le porteur; le museau est fait d’un balai (ou
ramon) de brindilles de noisetier fixé à la fourche.
C’est donc un homme recouvert d’un drap de
lit, portant une fourche de bois dont les pointes sortent du drap, avec
un ramon en sorte de museau; il danse, gesticule, gambade, bousculant
les spectateurs.La limodje est tenue en laisse par un « dompteur»
qui, d’une trique faite de paille tressée, lui donne de
rudes coups sur le dos. Ils sont accompa-gnés d’autres
personnages, les mêmes partout: un «saint Bultot»
porteur d’une hotte dans laquelle on place les dons en nature,
lard et œufs qui serviront au repas du soir; il porte aussi un
sabot qui sert à recueillir les dons en espèces pour payer
les boissons, et dans l’autre main un bâton où est
fixé un grand valet de pique. Il y a aussi le vétérinaire,
en blouse blanche, avec une trousse contenant des outils : pinces, tenailles,
marteaux, et aussi une grande seringue contenant du pèkèt
qu’il administre à «la bête» lorsqu’elle
est tombée d’épuisement, après avoir essayé
tous ses outils.
Le soir, sur la place et devant la foule, la Limodje fait se dernière danse, puis tombe et meurt. Mais elle accouche d’une petite Limodje qui est offerte à une personne qui a généreusement reçu le groupe dans l’après-midi. Et elle ressuscite. Après tout cela, au local, les acteurs font la danse du ramon : le porteur tient le ramon dans toutes les positions possibles; sur la tête, sur le côté, à droite puis à gauche, tandis que le gardien tenant le manche tente de le faire entrer dans le trou du ramon et qu’un autre tape sur le bout à coups d’une poêle à charbon... C’est encore une autre danse burlesque et fort amusante pour le public.
Quelle est l’origine de la Limodje?
Une exécution de ce genre fut pratiquée près de la ville, dans une prairie appelée Pré Chaudée, et le souvenir s’en est perpétué dans le peuple par cette burlesque représentation . Une autre explication est la légende racontée par Mme Boigelot : un valet de ferme indélicat avait été mis dehors et, pour se venger, se cachait sous un drap de lit pour aller détruire les meules de foin du fermier. Mais cela ne dit pas pourquoi la Limodje est faite d’un
balai à deux pointes, donc une sorte de bête cornue simplifiée,
même avec un museau fait d’un ramon sans manche (et que
les comparses, le soir, tentent de réemmancher dans une autre
danse assez curieuse, qu’on retrouve à Orchimont et Vencimont
ainsi que...dans les Pyrénées orientales !)
Elle se rattache ainsi à une vaste tradition basée
sur des « mascarades» d’animaux qui auraient été
vaincus par un homme. On peut lui trouver des similitudes avec le «
cheval-jupon », qu’on appelle « cheval-godin»
dans la région de Namur; mais à Wichelen, en Flandre,
il gesticule tant qu’il finit par tomber; relevé, il boîte
et est soigné par un forgeron; ou encore avec la chèvre
de Biélorussie qui elle aussi tombe sous les coups de son dompteur
et ne se relève qu’après une bonne rasade de vodka...
Enfin, il y a cette évocation d’un cycle mort-accouchement-résurrection
qu’on retrouve dans d’innombrables mascarades de la tradition
européenne. - Jean Romain -
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