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Le Puy

DECOUVERTE
Vacances : thèmes de découvertes. – 1988 : églises romanes. - LE PUY. Fantastique panorama. Merveilleuse et curieuse basilique. Et une Vierge noire ! Copie de celle qui a été brûlée en 1794 à la Révolution, c’était, dit le petit guide, la plus célèbre, la plus mystérieuse : peut-être apportée de Croisade par saint Louis. Elle fut visitée par des rois, des papes, des évêques, la mère de Jeanne d’Arc… Faujas de Saint-Fond, en 17 78, l’avait examinée et fait dessiner en détail : « Elle est en cèdre, d’un seul bloc, mesure 2 pieds 3 pouces (72 cm), pèse 25 livres ; la mère est assise sur une cathèdre comme les divinités égyptiennes. Recouverte d’une toile fine collée sur le bois (comme les momies égyptiennes) sur la tête et les mains.
Les visages sont noires comme l’ébène, le visage est allongé, les yeux ont un éclat insoutenable (ils sont en verre) ; la tête est couverte de 3 couches de soie noire, couvertes de gouache noire; elle porte une couronne de cuivre doré surmontée de deux ars croisés où est posée une colombe.

 

 

 

Le haut de la robe est d’un vert-bleu particulier, la jupe d’un rouge ocreux, mais la robe est grossièrement taillée dans le bois, sans plis (destinée à être recouverte d’un manteau). Sur la manchette gauche : des sortes de caractères d’écriture et sur la robe de l’enfant (rouge) : de petites croix grecques, comme sur l’obélisque égyptienne de Rome. Les pieds de la mère et de l’enfant sont noirs, chaussés mais les mains sont blanches : on sait que, durant la Semaine Sainte, elles étaient lavées au vin. Faujas poursuit : Il y avait un temple de Diane au pied du Rocher Saint-Michel l’Aiguilhe et la statue de la Vierge et l’enfant fait penser à une statue d’Isis avec Horus, pris pour la Vierge Marie et l’Enfant Jésus. On dit aussi que cette statue aurait été rapportée d’Orient par Aimar de Monteil, évêque du Puy, un des chefs de la 1ère Croisade. Il y avait aussi au Puy une médaille gothique en argent, au dessin assez semblable. Cette statue était un reliquaire : jetée au bûcher en 1794 (aux cris de « au feu l’Egyptienne ! » ), il s’en était échappé un parchemin roulé et une agathe.
Tous ces détails m’ont intrigué. J ‘avais déjà vu, en passant à Tournus, une autre Vierge Noire qui au premier abord n’avait pas attiré mon attention. Pourtant, elle avait ce même visage impassible, hiératique, et l’Enfant avait un visage d’adulte : un clerc qui enseigne (il tenait un livre fermé : signe d’ésotérisme !) Et puis, je me suis rendu compte qu’à Fosses aussi nous avions une statue de Vierge noire : une N.D. de Walcourt dans l’autel du transept nord et elle attirait parfois la curiosité des visiteurs ; à leurs questions, je répondais simplement que, selon la légende, la statue de Walcourt s’était envolée de l’église en flammes jusqu’au jardinet d’où elle n’avait voulu revenir que lorsque le comte de Rochefort ait promis d’y ériger un prieuré. La statue était noire à cause des flammes, tout simplement. Maintenant, un masque d’argent recouvre son visage. Mais elle a une ancêtre de pierre, scellée dans le mur de la basilique.
Alors, cette fois, j’étais très intrigué : pourquoi sont-elles noires ? Que signifient-elles ? J’ai cherché l’origine de ces Vierges Noires. Et à la Bibliothèque des Facultés à Namur, j’ai trouvé un livre d’Emile Saillens, de l’Université de Paris : « Nos Vierges Noires » (1945), puis un autre de Jacques Huynen (« L’énigme des Vierges Noires ») et, plus tard, un autre encore de Jacques Bonvin (« Vierges Noires : la réponse vient de la terre », 1988), j’ai essayé de rassembler un maximum d’informations à ce sujet.
Car elles posent réellement une série d’énigmes, ces statues d’une Vierge au visage et mains noires, portant sur un genou l’Enfant Jésus souvent noir lui aussi, mais pas toujours, remontant au Moyen Age et centrées sur la Gaule. Saillens estime qu’elles étaient liées à un culte celtique. Or, les églises romanes étaient presque toujours implantées sur un ancien temple païen. Le pape Grégoire le Grand avait recommandé à son missionnaire Augustin de ne plus détruire ces temples païens : « de même que l’homme païen devient chrétien par le baptême, bénis ces temples qui deviendront chrétiens ».

 

 

 


Elles étaient nombreuses, ces statues de V.N. : Saillens, sur base d’un document de 1550, en avait recensé 205 en France ; mais il en restait seulement 90, dont plus de la moitié sont des copies postérieures. Les Huguenots en avaient détruit 25, les Jacobins 46, d’autres ont disparu. Il n’en reste donc plus que 40 authentiques ; pour les autres (environ 50), ce sont des statues de substitution. La plupart furent, au XVIIe siècle, revêtues de robes et de manteaux somptueux, selon la mode espagnole. On les trouve donc essentiellement en France (et curieusement pas en Bretagne, alors qu’elles ont une origine celtique !) et sont en rapport avec les déesses Isis, Cybèle, Ana ou Dana, Déméter … Et même, liées au rêve alchimique et au tellurisme !


Déesse celtique

Collin de Plancy (1866), dans la « Légende de la Vierge », parle d’un bocage des environs du Puy où les druides vénéraient une « virgo futura Dei nascitur » : une vierge devant donner naissance à un dieu. Et ce type de statue était vénérée notamment aussi à Auxerre, Châlons-sur-Marne et Fontaine, près du château des parents du futur St Bernard de Clervaux dont on sait la dévotion mariale, mais aussi son influence dans la création des Templiers, ainsi que ses connaissances alchimiques et son ésotérisme dûs à une rencontre avec une Vierge Noire.

 

 

 

 

Alors, la curiosité est poussée à l’extrême : Isis égyptienne (et Isis vient de Ischia qui signifie vierge), Ana ou Dana déesse-mère celtique, Marie chrétienne, les Croisades, les Templiers,
les Musulmans, l’alchimie, le tellurisme, le Moyen Age… Il y avait de quoi se poser des questions !!!

Ce Moyen Age, que certains osent qualifier de « barbare », avait au contraire « une âme profonde, une civilisation différente de la nôtre, pleinement humaniste, d’une grande ouverture sur les mondes différents (les Arabes, l’Egypte), profondément chrétienne aussi, marquée par des super-hommes comme St Bernard, Suger, Pierre le Vénérable, Godescalc, Gerbert (le pape Sylvestre II) et aussi les Templiers ». (J. Huynen). Le Moyen Age, qui s’étend sur près de mille ans a connu bien sûr des périodes diverses : barbarie des invasions, paix de Charlemagne (imposée par guerres et génocides), féodalité avec les exactions des seigneurs, mais aussi un « âge d’or » aux XIe, XIIe et XIIIe siècles avec les Templiers et les cathédrales gothiques (80 en deux siècles !! Et 180 monastère bénédictins !) Et c’est justement à cette époque qu’apparaissent les Vierges Noires.

CE MERVEILLEUX MOYEN AGE.
La civilisation du Moyen Age était initiatique ; les Vierges Noires ont une signification ésotérique : leurs « miracles » sont les supports d’un message occulte. L’occultisme est une attitude ; l’ésotérisme, un langage ; l’initiation, une méthode de connaissance.
A côté d’un peuple largement inculte, la société médiévale était dirigée par des princes (souvent des princes d’Eglise) qui étaient des initiés ; de plus, dans les monastères bénédictins et cisterciens, de nombreux moines possédaient un large savoir basé sur les mathématiques, la physique, la chimie, la médecine, l’alchimie, la philosophie, l’architecture. Dans un esprit général de la recherche d’une connaissance maximale de Dieu et de la création.

L’ésotérisme était nécessaire pour la protection du message et l’usage de ces connaissances : l’occultisme est voulu et entretenu par les initiés de tout temps. L’initiation était le fondement de tous les phénomènes importants, où le langage ésotérique cachait en réalité LA science, LA littérature, LA culture, LA civilisation. Détenaient-ils donc d’effrayants secrets ? se demande J. Huynen. St Albert le Grand interdit avec énergie aux initiés (et surtout aux alchimistes) d’avoir des contacts avec « les princes et les seigneurs » qui auraient pu utiliser ce savoir à des fins de domination. Par contre, les initiés ont eu soin de placer sur les trônes laïcs ou religieux des hommes qui avaient leur confiance.

 

 

 

 

Forts de ce savoir, Bénédictins, Cisterciens et Templiers ont transformé la civilisation médiévale : ils envoient en Terre Sainte les seigneurs batailleurs, libèrent les serfs, enseignent l’agriculture, développent le commerce et créent l’esprit de chevalerie. Les « grands initiés » semblent aussi avoir eu des pouvoirs étonnants : miracles, lévitation, communication avec l’au-delà... Les alchimistes ont probablement réussi la transmutation de la matière. Mais surtout, cette culture a fait oeuvre de promotion sociale, assurant aux paysans la paix, la sécurité et le maximum de liberté pour l’époque, en créant en Europe la première « aristocratie du travail ».

Venues du fond des temps, les Vierges Noires sont issues de 3 sources : celtique, orientale et monastique; mais elles sont la manifestation d’un phénomène spirituel beaucoup plus vaste.
Le fond de civilisation celtique avait imprégné les populations : ils connaissaient les lois profondes de l’âme de la pierre, des arbres, des eaux, des forces telluriques. Mais à la chute de l’Empire romain, les invasions successives balaient tout ; Charlemagne tentera bien un relèvement, mais la féodalité marquera un nouveau recul. Heureusement, les moines bénédictins recueillent les vieux manuscrits, toutes les sources possibles du savoir et un millier d’abbayes bénédictines se créent en quelques siècles en Europe.

Déjà en rapport avec des rabbins juifs, St Benoît avait enseigné à ses moines à ouvrir leur esprit tous horizons. Puis débarquent sur le continent les essains de moines irlandais qui rapportent les fondements de la civilisation celte à l’état pur, et leur savoir druidique est harmonieusement assimilé par les moines chrétiens. La culture arabe sera le 3e apport : bien que stoppés par Charles Martel en 732, ces Sarrazins sont les vrais civilisés de l’époque, répandant la science et la philosophie orientales : astrologie, alchimie, médecine, musique, architecture, enluminure. Par eux aussi la civilisation pharaonique passe en Europe où on considère l’Egypte comme la mère de toutes les religions, le culte d’Isis notamment. Et si officiellement Francs et Sarrazins sont en guerre pour la Terre Sainte, des élites des deux côtés se rencontrent discrètement et échangent leur savoir, comme aussi les juifs kabbalistes des territoires occupés par les Arabes. Pierre le Vénérable séjourna en Galice et écrivit une traduction du Coran ; Gerbert, le futur pape Sylvestre II, un des génies de son temps, étudie de longues années à Cordoue ; Godecalc, évêque du Puy, fait venir des architectes arabes pour construire sa cathédrale extraordinaire...

Toutes ces cultures : celte, romaine, arabe, égyptienne, juive, mêlées et assimilées,
reconstruiront ainsi une grande civilisation qui couvrira l’Europe occidentale médiévale.

 

 

 

 

LES VIERGES NOIRES
C’est à cette époque qu’apparaissent les Vierges Noires : un type de statues particulier, apparenté aux « Sedes Sapientiae », symbole de la Connaissance : la Vierge est assise sur une cathèdre (siège d’Isis), vêtue du pallium, l’Enfant Jésus sur le genou gauche, tous deux faisant face, le regard hiératique, lointain. La tête et les mains sont peintes en noir ; les vêtements sont bleu-vert, rouge et blanc avec filet doré. Toujours : on dirait qu’une série de critères a dirigé leur création. Ce sont des « Vierges en majesté »., introduites en Occident après le Concile d’Ephèse de 431. La mère est rigide sur un siège carré ; l’enfant a une tête d’adulte : c’est le Logos éternel, il bénit d’une main et dans l’autre tient un livre fermé (ésotérisme). Toutes sont du Xe au XIIe siècle et très souvent situées sur la route de Compostelle ou d’un autre lieu de pèlerinage. A cette époque, sous l’impulsion de St Bernard notamment, la Vierge Marie prend une place considérable dans la dévotion populaire : tous les monastères cisterciens, toutes les cathédrales gothiques lui sont dédiées et les Templiers en ont fait leur « Dame ».



St Chervasy - Cantal

 

 

 

 

On les trouve presque exclusivement en Gaule : 60 en Auvergne et Velay, 12 en Roussillon, 20 en Provence, 8 en sud Bourgogne, dans les Causses et les Pyrénées ; aucune ou très peu dans les autres provinces françaises :occidentales. Trois seulement en Bretagne, pourtant terre celtique. Et un fait curieux : les 4/5, soit 131 sur 159 lieux de culte recensés, se trouvent en-dessous d’une ligne Bordeaux-Dijon (ou Bayonne-Vichy, la célèbre ligne BAVIC sur laquelle on a relevé 5 vagues d’OVNI sur 6 !) – Hors de France, pour ne citer que les plus célèbres : Montserrat, Avila et Compostelle en Espagne ; Chestocowa en Pologne ; Guadelupe au Mexique (et curieusement, les deux premiers voyages du pape Jean-Paul II ont eu lieu en Pologne ou au Mexique, sur ces lieux de culte de la Vierge) ; en Belgique : Hal, Louvain, Walcourt, Tournai, Dinant... L’Allemagne en compte 13, l’Autriche 3, l’Italie 11, le Portugal 5 (dont Pedernera = pierre noire…), et une à Prague.

Et, rappelons-le, leur hauteur moyenne est 70 cm et la largeur du socle : 30x30 cm. Bien sûr, le mètre n’était pas encore connu (encore que… ?) mais le rapport constant est 7/3 : des chiffres sacrés ! Si certains mathématiciens modernes trouvent absurdes cette « sacralisation des nombres », rappelons que le grand Pythagore, mathématicien grec (Ve siècle avant J.C.) en fit une vraie philosophie. Les splendides temples égyptiens de Karnak et Louksor, les pyramides, les temples et théâtres grecs où l’acoustique est fantastique, puis les cathédrales gothiques sont de saisissantes applications de ces connaissances ésotériques sur la « divine proportion » et le « gonios d’or », l’angle ou le Nombre d’or.

DES TRAITS COMMUNS
Nous l’avons dit : ces Vierges Noires semblent répondre à une série de critères toujours les mêmes. Jacques Huynen en a relevé 13, notamment : toutes des Majestés assises sur une cathèdre; toutes de 68 à 72 cm ; presque toutes en bois ; sur des lieux de pèlerinage, ou un chemin de Compostelle ; en rapport avec une abbaye bénédictine ; avec des mains anormalement longues (symbole de puissance) ; réputées « orientales », parfois ramenées par des croisés, donc statues d’Isis puisque Mahomet interdisait la reproduction de statues ; aux couleurs symboliques pour les vêtements (rouge, vert-bleu, doré) ; trouvées dans un champ,
par des boeufs, ou dans une source, ou un buisson d’épines ; souvent en des lieux celtiques (mégalithes) et toutes procurent le même type de miracles : résurrection d’enfants morts-nés, sauvetage d’un marin (barque d’Isis) libération de prisonniers (chevaliers, croisés). En rapport avec l’alchimie. Le type même de V.N. est la statue d’Evegnée (au Musée d’Art sacré à Liège) et curieusement, la Vierge de Walcourt sans habit lui ressemble étrangement ; d’autres aussi.

 

 

 


La représentation de la Vierge a évolué au cours des siècles : on trouve d’abord des vierges orantes dans les catacombes ; le Concile d’Ephèse, en 431, reconnaît en Marie la Mère de Dieu et elle se répand dans la statuaire ; puis ce sont les invasions. L’art roman crée la Sedes Sapientiae, vierge en majesté, hiératique, siégeant sur un trône (cathèdre). Au XIIIe siècle, elle prend déjà une tendresse humaine, avec l’enfant dans les bras (plus sur un genou) ; aux XIVe et XVe siècles, elle est pleinement reine, majestueuse. Puis (épidémies de peste et guerres aidant ?), le XVIe et XVIIe en font une pieta, vierge des douleurs. Au XVIIIe, elle montre une féminité épanouie, artistique : c’est la Renaissance. Enfin, au XIXe, elle est seule, l’enfant a disparu : c’est elle le lien entre les hommes et Dieu, avec les apparitions de Lourdes, Fatima, La Salette, Beauraing, Banneux...

SONT-ELLES NOIRES ?
La matière est presque toujours du bois ; on les dit orientales parce que c’est souvent du cèdre du Liban ou du genévrier de Phénicie, mais ces arbres étaient cultivés en Provence avant César. Parfois en noyer ; 11 sont en pierre, 4 en métal, 1 en terre cuite. Beaucoup sont vraiment noires, mais pas toutes : brunes si elles sont en bois brut non peint (mais on dit « à la brune » pour la nuit tombante). Et la statuaire du M.A. était polychrome : au XIVe s. à Florence, on peignait même le marbre blanc !
Pourquoi, même les copies, sont-elles des lieux de pèlerinages les plus célèbres (Le Puy, Chartres, Mont-Saint-Michel, Rocamadour…), mais dans des grottes ? Elles n’ont même pas de valeur esthétique. Et certaines sont blanches. Mais elles ont été voulues telles ; ce n’était pas une mode d’époque, au contraire, tout ce qu’on réalisait au Moyen Age avait un sens, une raison, un symbolisme.

 

MAIS POURQUOI NOIRES ?
Depuis des siècles, on a cherché de fausses explications : noircies par la fumée des cierges dans des cryptes basses, ou par leur séjour en terre…. Mais pourquoi seules la tête et les mains seraient-elles noires ? On a même dit et écrit que Marie aurait eu le teint noir, ou que le noir reflétait la mort du Moyen Age (qui dura encore 4 siècles) ; ou que Marie était en deuil… Bref, des foutaises ! - Nous avons évoqué, dans la culture médiévale, l’ésotérisme, l’occultisme : le culte de ces Vierges Noires se tenait dans une grotte (Rocamadour), une crypte (Chartres, Clermont-Ferrand, Mont-St-Michel), des chapelles ou églises sombres (Besse en Chandesse, Aurillac, Manosque). Elles ont un lien avec un élément obscur, secret : un puits sacré, une tombe miraculeuse. Elles sont l’émanation, la succession d’un culte celtique de la Terre-Mère, liée au culte d’Isis, Cybèle, Déméter (souvent représentées noires aussi).

 

 

A Ephèse, une statue de la Grande Déesse noire est marquée d’une pierre noire, et c’est là que serait morte la Vierge Marie. A La Mecque, la Kaaba est une pierre noire, volcanique ou météorite, insérée depuis des siècles dans un mur extérieur d’un ancien temple à Saturne. Son nom signifie « la nubile, la vierge aux seins développés » et elle représente Anâhita, Astarté, l’Etoile du Matin : Vénus. Mahomet avait bien proscrit les images, mais il n’avait pas osé toucher à cette pierre antique : on la disait apportée à Abraham par l’ange Gabriel et on l’appelait Beth-el, bétyle, pierre noire ou pierre de Dieu.
A Westminster, depuis 700 ans, une grosse pierre « bétyle » se trouve sous le trône (la cathèdre d’Edouard le Confesseur, ? 1066) sur lequel s’assied le roi ou la reine d’Angleterre pour le couronnement : la légende dit que c’est la pierre sur laquelle Jacob posa sa tête après son combat avec l’ange, il l’appela Bethel ; d’abord insérée sous l’Arche d’Alliance, un certain Jérémie l’aurait reprise lors de la destruction du Temple de Jérusalem et apportée en Irlande où elle devint le palladium (symbole sacré) de la dynastie, la Lia Fail ou pierre du destin ; elle passa ensuite en Ecosse, à l’abbaye de Sione où étaient couronnés les rois (dont Macbeth). Vainqueur des Ecossais, Edouard Ier emporta cette « Stone of Power » à Westminster qui serait donc toujours sous le trône royal.
Enfin, les Vierges Noires ont un sens alchimique : la terre la plus féconde provient de végétaux en décomposition et elle est bien noire. En alchimie, la matière première à transformer est noire. De plus, Saint Bernard, qui admit que la Vierge Marie puisse être représentée noire (et répandit ainsi le culte des Vierges Noires jusque là considérées comme païennes et donc interdites) est aussi lié à l’alchimie : on dit qu’en priant la Vierge, celle-ci pressa son sein et trois gouttes de lait tombèrent dans la bouche de Bernard : invraisemblable, bien sûr, mais c’est là un symbole de son initiation à la connaissance alchimique car l’avant-dernière phase de la transmutation est dit « lait de la vierge » et après sublimation la pierre philosophale obtenue est appelée « l’enfant »…. Il y a enfin le sens alchimique de la spiritualité : le pèlerin arrive noir, sombre de ses péchés ou ses soucis, et il repart réconforté, plein de clarté. Des ténèbres de l’ignorance naît la lumière de la connaissance : c’est la base de l’ésotérisme alchimique.

SYMBOLISME DES DEESSES-MERES NOIRES
L’idée de la déesse-mère fondatrice de la race humaine, remonte aux premières religions orientales : Iran notamment. La plupart ont un rapport avec le noir et la fertilité comme Hécate la Noire, reine de la nuit et des enfers, déesse des moissons ; Déméter, reine des enfers, qui donna aux hommes le premier épi de blé (transformation de la civilisation des chasseurs-cueilleurs nomades en cultivateurs-éleveurs sédentaires) ;

 

 

 

 

Latone, (qui rappelle le « léton » des alchimistes, la matière noire primordiale), est la mère de deux enfants divins : Diane et Apollon, dieu solaire, messie sauveur. Arthémis d’Ephèse, est une pierre noire tombée du ciel ; sa statue en bois est devenue noire par suite des onctions d’huile ; elle est déesse de la fécondité, vierge puissante : on la représente avec 18 mamelles !

A Ephèse aussi se trouvait une statue de la sœur d’Apollon solaire et, coïncidence, Marie finit sa vie à Ephèse en un lieu appelé Karatchalti = « la pierre noire »… Citons aussi la Grande Mère d’Ida, pierre noire du Mont Ida près de Troie ; elle est en Thrace et en Phrygie déesse de la fécondité, des sources et est représentée avec un croissant de lune, symbole que l’on retrouve chez les Celtes. Mais aussi avec la Vierge Marie.
Chez les Grecs, elle est devenue Cybèle et lors des offices en son honneur on se servait de pain marqué d’une croix et du vin d’immortalité ; on proclamait des invocations (Hassanah), avec élévation de la statue, consécration, communion dans un calice d’or, ablutions, ensencement de l’autel, aspersion des fidèles à l’eau lustrale...

 

 

 

 


En Egypte, le culte d’Isis était fort proche : eau bénite, aspersion, ensencement, lampe perpétuelle, élévation, processions avec reposoirs, vêtements blancs pour les officiants... Isis était le principe femelle de l’univers, fécondée par le soleil, et son culte était secret, initiatique (toute révélation était punie de mort). Elle était aussi la déesse des navigateurs ; son attribut était un croissant de lune, signe de vie éternelle ; on l’invoquait comme « Reine du Ciel », « Clé du ciel », « Porte du ciel » (ce qui rappelle étrangement les litanies de la Vierge, dues à St Bernard, toujours lui) et elle formait une trinité avec son mari Osiris (qui meurt et ressuscite grâce à elle) et leur fils Horus. Une statue d’Isis se trouvait à l’église de St-Germain des Prés jusqu’en 1514 ! Et lorsque Lutetia devint Paris (Par-Isis ?), son blason est la barque isiaque et sa devise
« Fluctuat nec mergitur » elle vogue mais ne coule pas : les V. N. sont protectrices des marins...
En Gaule, chez les Celtes, le dieu fondateur était Belem et sa sœur et épouse : Belisama, la Brillante, la grande reine ; rappelons aussi la déesse Rigantona qui selon la mentalité celtique était triple, comme la triple Brigit ; et son culte aussi était chtonien (souterrain) et lié à la lune : les Celtes comptaient en nuits. Et en Bretagne on vénérait « mamm-goz », la mère vieille ou déesse Ana qui s’est perpétuée en Ste Anne, mère de Marie et grand-mère de Jésus, ce qui explique l’absence de Vierges Noires en Bretagne.
Enfin, on retrouve presque chaque fois le symbole de la Virgo paritura, la vierge qui va enfanter, chez la déesse-mère indo-européenne, chez les Celtes, l’Isis égyptienne, etc. Et même en Amérique pré-colombienne et en Afrique. Dans les religions orientales : Zarathoustra, Lao-Tseu, Bouddha, Krishna, Merlin et d’autres sont aussi réputés nés d’une vierge ; ce qui est fréquent encore dans les légendes celto-irlandaises où des jeunes vierges sont fécondées par un oiseau, un saumon, le soleil...
Ainsi, Isis, Déméter ou Cybèle sont les mêmes aspects d’une divinité féminine et maternelle. Leur force magnétique donne la vie et la fécondité, règle les saisons ; elles sont associées au pouvoir lunaire qui régit les marées et le cycle menstruel des femmes. Ce principe féminin lunaire est toujours associé au principe masculin du soleil : dans toutes les religions où l’on vénère une déesse-Terre, un culte solaire y est associé. Face au christianisme patriarcal (Père, Fils, Esprit), le peuple a continué de vénérer les déesses-mères.
C’est à partir de Marie que le Feu de la Pentecôte se répand sur les apôtres, comme les V.N. répandent l’énergie terrestre qu’elles transmutent en miracles. La Vierge est le symbole de l’eau : source de tous les commencements. En hébreu, mem est symbole des sources et de la mer ; et curieusement, tous les noms de déesses-mères commencent par M : Mout en Egypte ; Marie mère du Christ ; Maïa mère d’Hermès ; Myriam mère de Moïse ; Maya, mère du Bouddha… Et Maman, Moeder, Mother, Mutter, Mamma...

 

 

 


SYMBOLISME DES COULEURS
On sait que les couleurs sont en quelque sorte la vibration de la matière. Le noir se rapporte à l’ésotérisme, à l’occultisme : la prudence des initiés ; il représente la terre féconde, la crypte de vénération .
Pour les vêtements, on ne trouve que 3 couleurs : un bleu-vert, le rouge et le blanc. Et ce n’est pas un hasard : au Moyen Age, tout avait un sens. Le bleu foncé indique la nuit (en alchimie, c’est le résultat de la première putréfaction de la matière). Le blanc est la purification de cette matière et le rouge est le feu indispensable aux opérations. Les filets dorés au bord de la robe ont leur place car l’or est l’ultime étape alchimique, la perfection initiatique (car le sens de l’alchimie est toujours triple : matériel, intellectuel et spirituel : matière, esprit, âme). Et le bleu-vert est rappelé par le fait que souvent, en l’honneur de la V .N., on lançait des roues de cire verte du haut d’une colline vers la statue ; des cierges verts étaient souvent placés à brûler devant elle.

SYMBOLISME DE L’EXPRESSION
Ces statues de Vierges Noires ont un type oriental : en brûlant celle du Puy, les révolutionnaires de 1789 criaient « A mort l’Egyptienne ! » ; elles rappellent très fort la déesse Isis et même, à Meymac, en Corrèze, elle porte un turban ! Mais ce sont des statues chrétiennes : l’Islam défend la représentation de statues, Byzance a connu des empereurs iconoclastes.


Meimac

 

 

 

 

Ce sont toutes des « majestés », assises sur une cathèdre, le buste droit, le regard lointain qui lui donne une impression de maternité triomphante; comme les déeses-mères celtiques. L’Enfant aussi a un regard fixe, parfois il a une tête d’adulte : un prêtre initié. Marie et son fils nouveau-né reçurent la visite des mages, des savants initiés ; ils étaient 3, chiffre sacré : la Chaldée était le berceau de l’initiation ; ils étaient à la recherche de la Connaissance suprême ; et, dans la nuit, une étoile les guide : ils sont devenus clair-voyants.(N.D. de Vauclair a des yeux grand ouverts). On retrouve là encore des signes de l’alchimie et des diverses phases de la transmutation de la matière en or : une étoile apparaît à la surface du liquide. Et l’étoile qui s’arrête au-dessus de la crèche est dite « Etoile du matin » (Vénus), un nom que St Bernard donnera à la Vierge ! Beaucoup de V.N. sont sur le chemin de Compostelle : Campus stellae : le champ de l’étoile ! Un chemin semé de localités comme Estella, Tres Estalla…

SYMBOLISMES ALCHIMIQUES
Le « Timée » de Platon présente la théorie de l’immortalité fondée sur la transformation, base de la science suprême. L’alchimie (de l’arabe al kemia, terre noire, aussi le nom de l’Egypte) est triple : c’est à la fois une technique, une gnose et une ascèse. Son but est triple : transmuter les métaux, percer les secrets de la nature et transformer l’âme du savant. Née dans les ateliers des métallurgistes, des verriers et des teinturiers, dont les secrets étaient jalousement gardés (toujours l’occultisme), l’alchimie intègre vite ces connaissances empiriques dans une vaste synthèse doctrinale, unitaire et vitaliste. Prématurée mais grandiose. C’est, avec deux mille ans d’avance, la base de la chimie moderne. Elle appelle « éléments » les 4 états de la matière : solide (Terre), liquide (Eau), gazeux (Air) et igné (Feu). L’alchimiste modifie l’état de la matière, comme le teinturier modifie la couleur de la toile ; c’est pourquoi on l’appelle « teinturier de la Lune ». Les alchimistes se comparent aux Argonautes, compagnons de Jason à la recherche de la Toison d’Or qui devait rendre son possesseur heureux, sage, savant, puissant et riche ; d’où ces allusions aux navires et aux marins.
Pour parvenir à transformer le plomb ou un autre métal en or, l’alchimiste suit soit la méthode sèche en 7 opérations: calcination, sublimation, conjonction, coagulation, rectification, fixation et multiplication, soit la méthode humide, appelée « navigation », qui en comporte 12 . Le ballon contenant la matière première est appelé « l’oeuf » ou « prison de poulet » ; l’eau mercurielle, d’autre part, est la « rosée » ou « Lait de la Vierge » (allusion aux 3 gouttes de lait reçues par St Bernard) ; du mercure, la première opération tire une matière appelée « tête de corbeau », puis « le léton » qu’il faut blanchir (Léto ou Latone était la mère de Diane, son nom signifie L’Obscure, la Nuit, et mère d’Apollon, dieu solaire, messie annoncé par Hésiode, Homère et Virgile) ;

 

 

 

Latone est donc une préfiguration de la Vierge Marie et les alchimistes disent que lorsque la blancheur survient à la matière, la vie a vaincu la mort, le roi est ressuscité, la terre et l’eau sont devenus air, Terre et Ciel sont mariés et leur enfant est né ».

Après plusieurs bains où interviennent le mercure et le soufre (le roi et la reine), la matière doit être « volatilisée » puis « fixée ». Ce travail pouvait prendre des années et l’alchimiste rivé à son fourneau était dit « prisonnier de sa tour ». Sa recherche était comparée à la chasse : les deux composantes deviennent alors le cerf fugitif et la licorne dont seule peut s’emparer une vierge. La matière devient ainsi « feuilletée » et successivement noire, blanche, irisée puis rouge (la robe d’Isis était « noire, en-dessous une blanche, une citrine et une rouge): on dit corbeau, colombe et paon et grâce au feu (rouge) on peut après 40 jours extraire la « Pierre philosophale » ou « escarboucle » qui est figurée par un jeune enfant ou une rose ; on multiplie cette pierre qui devient poudre d’un rubis violacé, très lourde, brillante et liquéfiable (l’or liquide). Avec 18 grammes de cette poudre dans un creuset on peut changer en or 2.000 à 10.000 « grains » (un grain vaut 72 grammes) de métal vil par une réaction en chaîne. Finalement, la matière devient Pierre philosophale : « l’Enfant » est né !.
Cela laisse rêveur. Pourtant, des témoins aussi sérieux que St Vincent de Paul et Spinoza assurent avoir vu le Grand Oeuvre de leurs yeux ; Nicolas Flamel (pèlerin de Compostelle), les grands médecins Helvetius et Van Helmont affirment l’avoir réussi, puis Tisserand qui décrit l’expérience dans un mémoire à l’Académie des Sciences en 1855. D’autres avouèrent leur échec après des travaux durant toute une vie... Et de nos jours, des chercheurs sérieux, ingénieurs de Polytechnique, continuent ces expériences.

SYMBOLISME DE LA DECOUVERTE
Que ce soit en terre, dans un champ, dans un arbre, un buisson d’aubépine, la bruyère ou une source, toutes les Vierges Noires sont trouvées. Par l’intervention d’un boeuf (en labourant, il s’arrête ou s’agenouille : le fermier creuse à cet endroit et trouve une statue), ou de moutons, par un pâtre, un enfant ou un ermite. Toutes trouvées avant le XIIe siècle ou retrouvées au XVIIe. On leur attribue souvent une origine païenne (culte de la déesse-mère celtique ou égyptienne, grecque ou romaine), et de fait il s’agissait sans doute d’une petite statuette votive qui a suscité la confection d’une statue de Vierge Noire selon les critères habituels, lesquelles sont prises pour chrétiennes. En Bourgogne on a plus d’une fois « retrouvé » une statue de Mère gauloise enfouie par des paysans (pagani = paysan a donné païen). Les thèmes favoris de la découverte sont les bovidés et le retour. Le taureau sacré du culte de Mithra, importé par les légionnaires romains, fut largement répandu en Gaule ; dans 8 cas sur 10, c’est par un bovidé que la statue fut trouvée ; parfois grâce à une lumière vive et soudaine.

 

 

 

Trouvée dans un lieu désert, la statue y retourne même si on la ramène à l’église et parfois même tout le village se déplace pour se recréer à cet emplacement de la trouvaille (c’est le cas pour Avioth, Thuir, Quézac, etc.) même si cet endroit est moins accessible (dans les Pyrénées, un village s’est réinstallé sur une corniche, près de la chapelle érigée pour la statue, abandonnant les maisons de la vallée).
Beaucoup aussi ont été trouvées dans une fontaine : des statues de mères gauloises cachées, enfouies lors de la christianisation (Charlemagne avait fait excommunier quiconque continuait à les vénérer) dans des sources, des fontaines qui étaient déjà des lieux sacrés celtiques puis romains bénéficiant de la dévotion populaire : il y avait souvent une source sous les menhirs et les puits (sacrés) des églises rappellent cette source d’énergie et de santé. A Chartres, l’eau du « Puits des Saints forts » (initiés) avait guéri l’évêque Fulbert ; dans la crypte, une V.N. de type consacré a remplacé la vieille idole celtique. La source associée à la tombe donne une idée de mort et de résurrection et les Celtes croyaient que la mort n’est qu’un passage vers un lieu sans souffrance ni punition. Les dolmens étaient souvent des lieux d’initiation, de passage : trouver l’énergie primordiale de la terre. Dans le Vaucluse, une source dédiée au dieu Grazellos a été « convertie » à St Jean-Baptiste, mais le peuple a continué d’invoquer Grazellos qui est devenu une Vierge Noire : Notre-Dame de Grazel a gagné la partie…
Autre endroit de découverte : la grotte. Se rappelant son premier abri, l’homme recrée la caverne dans ses premières constructions en pierre : chapelle romane sombre, crypte des églises de pèlerinage. A Ephèse, la maison où serait morte Marie était une grotte considérée comme lieu sacré même avant sa mort. Presque toutes les Vierges Noires sont vénérées dans des grottes : pour amplifier la résonance magnétique des courants telluriques. Toujours des lieux choisis pour leur influence bénéfique. Par exemple Chartres : il y a disproportion entre les dimensions de la cathédrale et la population de la ville qui aurait pu tenir toute entière dans l’édifice. Mais il s’agissait de mettre le lieu de culte en corrélation avec l’intensité du courant tellurique capté à cet endroit. La « coudée de Chartres » qui servit de mesure de base, fait 72,8 cm. Le parallèle terrestre à cette latitude mesure 25.570 km et un degré à cet endroit : 72,8 km. Bien sûr, le mètre n’était pas encore découvert à cette époque ; mais 6 siècles plus tard, on utilisera le même procédé pour mesurer le diamètre de la terre et trouver le mètre-étalon : la millionième partie du méridien terrestre. Car les initiés savaient, au XIIe siècle, que la terre était ronde (comme d’ailleurs les Egyptiens, les Chaldéens et les Celtes 2.000 ans avant notre ère). Et 73 cm, c’est la hauteur la plus courante pour les statues de V.N. avec la cathèdre. Le message de Chartres, c’est de libérer l’énergie magnétique du lieu, amplifiée par 7 petits canaux annulaires sous les chapelles du chevet et la crypte, à partir d’une boucle de l’Eure. – Coïncidence : Walcourt est sur le cours de l’Heure…

 

 

 


Enfin, c’est dans une grotte que naît le Christ, comme aussi Dionysos, Apollon, Attis, Hermès et d’autres dieux. Dans une grotte que la Vierge apparaît à Lourdes. Et pour les Vierges Noires, on trouve des N.D. La Souterraine, N.D. de Dessous-Terre (Chartres), ou de la Bonne Mort, etc.

SYMBOLISME DES COMPAGNONS

Les Vierges Noires sont rarement seules ; on leur adjoint certains compagnons liés à ces symboles.
Nous avons vu Cybèle en Gaule, avec Attis, son amant qu’elle pleure tous les ans et ressuscite chaque 25 mars (équinoxe de printemps) : symbole des cycles de la nature. Tout comme Isis ressuscite Osiris son époux qui revient à la vie, reproduisant le cycle du soleil. – Saint Mitre serait en fait le dieu iranien Mithra passé en Grèce puis à Rome et en Gaule. – Apollon et son cousin celte Abello, Abellion : dieu soleil en Crète. A la pointe des Pyrénées, on a le Cap Abeilles avec une Vierge Noire : N.D. aux Abeilles. Les abeilles sont aussi l’attribut de Diane d’Ephèse. Son frère : Dianus-Janus, dieu à deux têtes, devenu St Jean le Précurseur ; le maître des sources chaudes est ainsi associé au Baptiste et à la Saint-Jean d’été (solstice du 21 juin), des rites solaires avec bains rituels étaient pratiqués ; on lançait aussi des roues enflammées des collines vers les rivières (association feu-eau).
Belenus, dieu gaulois le plus puissant, a donné son nom au Mont Saint-Michel, plus précisément au Mont Tombe (Tombelen) voisin : tombe de Belen ; on trouve aussi une V.N. au Mont-St-Michel, sous la crypte.
Le Horcos grec, Orcus latin (qui a donné ogre) est un cerbère carnassier mangeur de cadavres. Il est représenté par un chien ou un ours et a donné son nom à Orcival, Orcemont (S. et O.), Orcevant (Marne), Orcet (Puy de Dôme), etc. – Loup, en celtique, se dit blez, en breton bleiz, en gallois belz, ce qui a donné Blaise en Ardennes, Blazy (Hte Marne). Saint Blaise est fêté le 3 février, lendemain de la Chandeleur, ancienne fête de Proserpine et Cérès. Vichy compte une V.N. dans une église Saint-Blaise et des V.N. sont associées à St Blaise aussi à Bollène, Marseille, Pézenas, Montpellier. A Châtillon-sur-Seine (où naquit St Bernard et où il reçut la « lactation » de la Vierge), St Blaise domine un rocher d’où jaillit la rivière Ource...
Saint Roch était un bourgeois de Montpellier parti en pèlerinage à Rome ; en chemin il soigna des pestiférés et contracta la maladie ; caché dans une grotte, il y recevait la visite d’un chien qui lui apportait un pain chaque jour. Il est toujours représenté avec le bâton de pèlerin et un chien : il fait penser au dieu celte Dispater, dieu au maillet et au chien.On pourrait rapprocher Orcus et Roch(us) qui est aussi associé à des V.N., comme parfois saint Loup.

 

 


 

Saint Michel tuant un dragon est rapproché d’Apollon tuant un serpent. St Michel est toujours placé sur une hauteur (comme à l’hôtel de ville de Bruxelles): il était archange et venait du ciel, de devant Dieu, comme Mercure il salue le jour naissant ; et en Vendée on trouve un village St-Michel-Mont-Mercure.

SYMBOLISME DES LEGENDES
De très nombreuses légendes sont évidemment liées aux Vierges Noires dont l’origine réelle est souvent nébuleuse. Mais toutes ont trait à des enfants, des voyageurs ou des marins.
Thème de la résurrection : des enfants morts-nés amenés devant une Vierge Noire reviennent à la vie, au moins le temps de recevoir le baptême : c’est le cas pour Avioth, Chappes, Manosque, Orcival, Rocamadour, Vassivière (et aussi pour St Feuillen à Fosses : en 1556 pour un enfant de Le Roux).
Libération de captifs : la V.N. de Liesse rappelle la légende d’Ismérie (Isis-Marie ?), fille du sultan chargée de convertir à l’Islam trois croisés prisonniers ; elle les entend parler de la Vierge Marie et leur ordonne d’en faire une statue pour le lendemain ; impossible et pourtant, le lendemain, une statue de Vierge Noire est là, taillée dans un bloc de bois (par un ange ?). Ismérie se convertit au christianisme et, avec les croisés, endormis sous les étoiles, est emportée sur une barque (barque d’Isis) jusqu’à Liesse, où ils bâtissent une cathédrale. Symboles de l’harmonie Hommes-Terre-Cosmos ; épreuve initiatique, accès à la connaissance (ils perdent les chaînes de l’ignorance) comme l’homme renaît à la vie grâce à la vibration de la V.N. – A Orcival, des chaînes de prisonniers libérés par la Vierge sont pendues au mur de la splendide église romane où un photographe amateur a eu la surprise de voir, sur une photo de la V.N. prise un 21 juin à midi, des spirales en zig-zag étudiées par des spécialistes : aucun trucage, mais aucune explication.
Protection des marins perdus en mer et se retrouvant à Compostelle. A noter aussi une « Notre-Dame du Port » à Clermont-Ferrand, en pleine Auvergne. Et Saint-Nicolas-de-Port, près de Nancy (Lorraine) : saint Nicolas aussi est le patron des navigateurs et, en alchimie, l’initié s’appelle « voyageur » ou « navigateur ».

VIERGES NOIRES ET TELLURISME
Le tellurisme (du latin tellus telluris = terre) est une action magnétique de la terre et ses effets sur l’homme et la nature ; ces courants vibratoires suivent des failles, des cours d’eau souterrains et remontent à la surface du sol à des endroit qui deviennent privilégiés, sources d’effets bénéfiques pour la croissance des plantes ou la santé des hommes.

 

 

 

 

C’est une connaissance pré-celtique de l ‘interaction des pierres et de la nature , elle remonte à l’époque des mégalithes, des pierres levées, et elle avait été interrompue par les invasions ; mais certains initiés en avaient gardé des notions : les V.N. sont liée à ces lieux sacrés reconnus, dont l’énergie est captée par la pierre : menhir, dolmen ou pierre branlante : les églises romanes ont repris ce rôle en reformant une grotte, une sorte de dolmen.
L’apparition d’une V.N. détermine la reconnaissance d’un lieu sacré ; non pas choisi par l’homme, mais trouvé par lui. En étudiant les Vierges Noires à la lumière de la géobiologie sacrée, Jacques Bonvin a découvert que leur implantation sur le terrain n’est pas le fait du hasard : elle correspond à des implantations telluriques précises, prenant en compte les axes solsticiaux. Voici donc une réponse nouvelle au fascinant mystère de ces statues noires et pourtant porteuses de lumière.
La statue est un catalyseur des ondes et est mise en résonance avec le ciel et la terre. En 1128, à Cassel (Nord), les Templiers gravissaient la montagne pieds nus, pour mieux capter cette force tellurique. Ainsi faisaient aussi certains pèlerins de Compostelle : ils « sentaient » le chemin par les pieds, en suivant les courants : il n’y avait pas de poteaux indicateurs, en ce temps-là...
La géobiologie moderne est une science récente : c’est un allemand, le Dr Hartman qui a retrouvé en 1948 (et a présenté sa théorie à l’Université de Heidelberg en 1961) ce maillage de lignes telluriques qui recouvre toute la terre, à raison d’une tous les 2 mètres dans le sens N.-S. et 2m40 dans le sens E.-O. Mais cette « science » est ancienne : déjà Héraclite d’Ephèse (500 avant J.C.) et Adrien, auteur latin en 200 avant J.C., parlent de réseaux sacrés, orientés, connus des Atlantes, transmis aux Egyptiens puis aux Grecs mais aussi aux Celtes. Tout un maillage qui capte l’énergie de la terre et ces connaissances ésotériques étaient utilisées par les prêtres Egyptiens et les pharaons. Deux grands axes sacrés marquent la terre (Axus mundi) et le plus intense passe par les trois pyramides ; celle de Khéops est sur le « Maximus maximi maximorum ».
Les statues de V.N. sont habituellement placées au ¼ N.E., correspondant au lever du soleil le jour du solstice d’été, symbole de la lumière, soleil levant qui va inonder l’être par la vibration de la terre.
Elles sont aussi en liaison avec les étoiles : le passage symbolique de la Vierge Noire en Vierge Blanche (inversion des pôles) se fait selon les étoiles au calendrier zodiacal : depuis la Noël (solstice d’hiver) au 2 février (fête celte d’Imbolc), la nature est au repos, les forces telluriques au plus bas. Le réveil s’amorce le 2 février (Chandeleur, fête de la lumière) : l’énergie renaît et se transmet à la Vierge Noire qui la rayonne.

 

 

 

 

Le 1er mai (fête celte de Beltaine), marque une période de fécondation. L’apogée est au 15 août : transformation de la Vierge Noire en Vierge Blanche au moment où le signe zodiacal (constellation) de la Vierge s’estompe dans le ciel et laisse apparaître la Balance, qui rééquilibre les énergies. Puis la Vierge Blanche redevient Noire. Les périodes de maxima d’intensité vibratoire correspondent aux dates des pèlerinages et une indication que les V.N. sont faites pour capter ces vibrations est le symbolisme de leurs grandes mains, démesurées : c’est par les mains que se transmet le magnétisme.
Jacques Bonvin démontre, dans son livre « Vierges Noires : la réponse vient de la terre » que les Vierges Noires sont implantées géographiquement en cercles concentriques marqués aussi par des menhirs, et il donne un exemple en Auvergne : Billom (Menhir et V.N.), Combronde (menhir) et Orcival (V.N., menhirs) forment un triangle équilatéral aux angles de 52°, en corrélation avec les mesures de la Grande Pyramide ; à partir de Billom et passant par Combronde et Orcival, des cercles concentriques recoupent les emplacements de nombreux autres mégalithes ou V.N. (voir dessin).
L’implantation des mégalithes en Auvergne s’est faite incontestablement à partir d’un relevé magnétique, afin de canaliser au maximum l’esprit de la terre : ces pierres étaient des relais émetteurs des vibrations et des ondes surgies de la terre sur les veines de forces telluriques que l’homme a sacralisées..
La représentation symbolique de ces courants est Saint Michel : de sa lance il tue un serpent : cela signifie qu’il plante sa lance dans un courant, représenté par la wouivre, serpent ou dragon. Ces courants sont positifs ou négatifs, mais le menhir peut inverser la polarité. On sait aujourd’hui qu’un croisement de deux lignes telluriques (N.S.-E.O.) est nocif et pathogène lorsqu’il est superposé à un cours d’eau souterrain ; ces points sont à la base de nombreux cancers, affections cardio-vasculaires, etc. et aussi d’arbres penchés anormalement. Par contre, autrefois, on utilisait ces courants transmis par les menhirs comme régénérateurs. C’est ce magnétisme qui permettait certains « miracles » des Vierges Noires comme la résurrection d’enfants morts-nés.

CONCLUSION.
Les Vierges Noires sont la manifestation d’un phénomène spirituel. Toutes les religions anciennes sont basées sur le principe de la Déesse-Terre ou Déesse-Mère primordiale, et d’un principe mâle avec le Dieu-Soleil fécondant. Toutes ont abouti à des représentations noires de ces déesses : Egyptiens, Indous, Iraniens, puis Grecs et Romains, même chez les Indiens d’Amérique.

 

 

 

 

Elles sont une des manifestations de cette Civilisation médiévale des XIIe et XIIIe siècles, pleinement humaniste, ouverte sur des mondes différents. C’était une civilisation initiatique d’une science et d’une philosophie profondes, à la fois héritage celtique amené par les moines irlandais du VIIe siècle et héritage égyptien amené par la culture arabe, heureusement sauvés et assimilés par les moines bénédictins.
Mais ce n’est pas un effet du hasard. Cette civilisation nouvelle résulte d’un effort conscient d’hommes visionnaires comme St Bernard et les Templiers qu’il a organisés en vue de cette transformation de la culture et de la civilisation féodale.
La fin des Templiers (1314) marque une brusque régression économique, sociale et culturelle. Le gothique pur devient flamboyant : on recherche l’effet extérieur et non plus l’influence intérieure, spirituelle. Ce sera aussi le début de la décadence monastique, la recherche du pouvoir et de la richesse, et avec cela des périodes de famines (qui n’existaient pas du temps des Templiers) et de maladies.
La Renaissance, retour à la romanité que beaucoup admirent, marque un autre recul : c’est la société de consommation, l’individualisme, la course aux richesses matérielles, la fin de l’esprit communautaire, un vide spirituel, à l’opposé de cette civilisation du Moyen Age qui était pauvre matériellement, mais qui voyait dans le travail un épanouissement de l’homme ; elle était par contre riche spirituellement : c’est elle qui a fourni les ordres de S. François, de S. Bernard, de fortes personnalités comme Godescalc, évêque du Puy, ou Gerbert, « le pape de l’an mil », un savant extraordinaire, ouvert à la culture arabe, mais trop en avance sur son temps. Ce fut aussi la période d’éclosion des cathédrales (financées par les Templiers, grands argentiers des rois et des évêques) : 80 cathédrales gothiques en deux siècles !
Oui, cette civilisation du Moyen Age a encore beaucoup à nous apprendre. Et l’étude des Vierges Noires peut nous y aider. L’essentiel est de chercher : l’initié n’est pas celui qui sait mais celui qui se met en recherche (initium = commencement). « En perdant les chaînes de son ignorance, conclut J. Bonvin, l’homme renaît à la vie ; en se servant de l’énergie de la matière qu’il transmute, il accède aux rivages de la connaissance où s’amarre la barque d’Isis ». C’est ce que nous apprennent ces fascinantes et mystérieuses Vierges Noires !

- Jean Romain -