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Entrelacs

Enluminure
irlandaise

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Symbolique


L' enluminure est une technique artistique consistant à décorer ou à illustrer à la main un texte,
un livre ou un manuscrit. L'origine du mot « enluminure » est à chercher du côté du latin
« illuminare », qui signifie mettre en lumière.

Cette technique apparaîtra au cours du 4°s après Jésus-christ, et trouvera son essor en Irlande dès le 5°s avec la mission de christianisation de St Patrick. En effet, l' apport chrétien se mélangeant aux techniques artistiques païennes, une renaissance culturelle s' étendra en suivant les pas des missionnaires Scots qui parcourront toute l' Europe de l' ouest et du nord.

Le manuscrit le plus ancien qu'on ait découvert portant les premières traces de lettrines enluminées se nomme : Catach, le batailleur, un talisman porté lors de batailles et associé traditionnellement à St Colomban. L' ornementation générale est encore des plus païennes
avec un style laténien très marqué, mais une différence majeure apparaît : les lettrines ne sont plus placées au même niveau que le reste du texte, accordant par là une importance sans précédent à la forme plutôt qu' au fond. Bien sûr, ce parchemin n' est sans doute pas le premier, mais probablement le fruit d' une évolution stylistique étendue sur plusieurs décennies durant
les 4° et 5°siècles après J-C.

Le 7°s sera le début de l' âge d'or de l' art irlandais chrétien avec l' apparition des premières croix dites celtiques en pierre sculptée et utilisant de larges bandeaux d' entrelacs entourés d' étroites bordures comme motifs décoratifs. C' est de cette même époque que date le manuscrit complet le plus ancien retrouvé en Irlande : le livre de Durrow, un recueil d' évangiles dans le plus pur style irlandais.

En plus des pages de garde de chaque évangile quasiment entièrement vouées à la décoration enluminée, et malgré le nombre limité de couleurs utilisées (vert, jaune et rouge), la décoration reste légère mais abondante, structurée et méthodiquement répartie. On retrouve d' ailleurs des bandeaux d' entrelacs présents dans le livre de Durrow sur les pierres et croix gravées, ce qui montre un espace culturel et artistique nettement défini, avec des canevas stylistiques dépassants la technique utilisée.

 

 

 


Livre de Durrow - 7°s

Cet art, mélange d' art chrétien d'origine méditerranéenne et de l'art païen des Celtes,
évoluera pendant le 8°s pour donner naissance à des chef-d' œuvres tels que le livre de Lindisfarne et le grand évangile d' Esternach. L' un des premiers chef-d' œuvres de
l' enluminure du haut Moyen Âge est le livre de Lindisfarne.

Ce manuscrit de 34 centimètres sur 24 compte 240 folios et passe pour être l' oeuvre d' un seul homme, Eadfrith, évêque de Lindisfarne de 698 à 721, à la fois maître copiste et enlumineur. Cet homme méthodique et méticuleux était capable de préparer une page avec une véritable précision mathématique et de l' orner de magnifiques combinaisons de trompettes, d' entrelacs zoomorphes et rubanés ainsi que d' oiseaux et d' animaux fantastiques.

Si les spirales sont encore présentes, les frettes, ornement courant en ligne brisée, dominent désormais les bordures des pages.Le texte est soigné et les sections s' enchaînent dans une décoration harmonieuse aux jaunes et bleus éclatants.

 

 

 

 



Evangile de Lindisfarne - 8°s

Mais c' est toute l' expression artistique insulaire qui va suivre ce renouveau.
L' orfèvrerie, par exemple, mélange dès lors des styles différents : les ornementations en
spirales datant de la préhistoire, les apports d' entrelacs méditerranéens, et même l' ornementation animalière d' origine germanique sont des techniques créatives parfaitement maîtrisées par les moines Scots. Ils peuvent donc jouer à mélanger ces styles de diverses manières et créer un art tout à fait original.

Mais le plus splendide des grands évangéliaires et le plus beau manuscrit de tout le Moyen-Âge occidental est, sans conteste, le livre de Kells conservé depuis 1661 au Trinity Collège de Dublin. Manuscrit prestigieux, le livre de Kells est connu en Irlande sous le nom d' Évangile de Columkille, car il fut écrit vers l' an 800 par des moines de la communauté de Saint Colomban, établie dans un premier temps sur l' Ile d' Iona, en Écosse.

 

 

 

 


Livre des Kells - 8°s

Ce joyau de l' enluminure fut volé en 1006 et retrouvé moins d' un an plus tard, malheureusement dépouillé de sa couverture d'or et des pages finales. Il mesure 33 centimètres sur 25,5 et tient son nom définitif (Book of Kells) du monastère fondé à Kells en Irlande par les moines ayant fui d' Iona lors des raids vikings en 802 et 806. Ses 840 folios ont nécessité les peaux de 170 veaux ! Avec une grande habileté, les peaux sont nettoyées, aplaties, allongées
et enfin séchées. Le vélin qui en résulte a un côté lisse et un côté hérissé, ce qui détermine la qualité du travail. L' ornementation dépend aussi des trous causés dans la peau par des piqûres d' insectes ou des accidents. A l' époque, les beaux vélins étaient rares et précieux.